Activité pas à pas – travailler la notion de syllabe

Cette vidéo a été réalisée dans le cadre du MOOC Pratique de l’Enseignement de la Prononciation en FLE.

Nous avons souvent eu des difficultés à travailler le rythme parolier en français. Certains apprenants sont peu réceptifs à la notion de rythme et ne peuvent reproduire le rythme d’une phrase simple.
Nous avons essayé la technique « da da da » (il s’agit de substituer la syllabe « da » à chaque syllabe de l’énoncé travaillé : « da da da » pour « Elle est belle »),
accompagner la phrase en battant le rythme au moyen d’un index ou d’une main. Rien n’y faisait.

Par exemple, s’il l’on faisait produire un patron rythmique de trois syllabes en « da da da », l’apprenant pouvait en produire quatre, voire cinq. Peut-être cet apprenant ne ressentait-il pas ce qu’était une syllabe française. Peut-être n’appréhendait-il pas la relation qui pouvait exister entre l’unité que représente la syllabe et le rythme. En tout état de cause, il fallait trouver quelque chose pour aider cet apprenant (et d’autres présentant les mêmes difficultés).

Nous avons donc imaginé une activité faisant intervenir l’ensemble du corps, visant à faire ressentir à l’apprenant le découpage syllabique des énoncés, sans passer par un niveau «méta». Cette activité se place en début de session, et pourrait constituer notre leçon zéro. Généralement, nous la faisons intervenir après notre leçon zéro. Pour un public de débutant, elle peut intervenir en leçon un, après avoir travaillé un premier dialogue qui sera repris lors de cette activité.

Nous envisageons les ateliers de correction phonétique réalisés en classe comme une suite de séances construite selon une progression. Cette progression est basée sur un travail prosodique dont la maîtrise de la syllabe est un préalable absolu.

Étapes 1 à 4 (isosyllabisme)

Le premier groupe d’activités consiste à montrer que le rythme parolier repose sur une unité temporelle. À l’intérieur de chaque groupe, chaque syllabe est produite avec une durée d’émission qui est la même d’une syllabe à l’autre. La sensation de rythme provient du retour régulier de cette durée.

Première étape

Tout d’abord, nous faisons mémoriser une phrase relativement courte ne contenant ni enchaînement, ni liaison, et constituant un seul groupe rythmique : « C’est mon papa ». Lors de cette phase, nous ne donnons aucune consigne particulière.

Deuxième étape

Nous demandons aux apprenants de marcher lentement en répétant cette phrase mais en faisant coïncider la réalisation d’un pas avec celle d’une syllabe. Il s’agit d’engager tout le corps dans l’acte parolier pour montrer aux apprenants que le rythme n’est pas un phénomène abstrait.

Deux éléments sont importants pour la réussite de cette activité:
– disposer d’un espace suffisant pour que les apprenants puissent se déplacer
– que l’enseignant s’engage lui même physiquement dans l’activité pour désinhiber les étudiants, peu habitués à ce type d’activité.

Une fois que les apprenants sont imprégnés de cet énoncé syllabé « pas à pas », on forme un cercle que les apprenants vont traverser en disant l’énoncé de la même manière que précédemment, pour que l’enseignant valide la découpe syllabique de chacun.

Troisième étape

Nous proposons deux phrases supplémentaires pour que les apprenants aient plus de matière !

Suggestion :
Il habite ici
Il va à Paris

Ce sont des phrases simples qui ne présentent pas de difficultés de sens, mais qui ont la particularité de présenter :

Il habite ici : 2 enchaînements consonantiques

Il va à Paris: 1 enchaînement vocalique.

Le choix de ces deux phrases poursuit un double but :
-Montrer aux apprenants « à l’aise » que certains phénomènes ont pu leur échapper

  • phrase 1: manifeste mauvaise découpe syllabique (par exemple il/ ab/it/ic/i par une anglophone niveau B1)
  • phrase 2: il/va/pa/ri (soit une syllabe manquante par une étudiante hispanophone)

-Introduire les cours suivants qui se proposent de revenir sur ces particularités du rythme du français.

Au cours des séances suivantes, on pourra revenir au «pas à pas» pour traiter d’éventuelles difficultés rythmiques.

Quatrième étape

Nous proposons ensuite aux apprenants de varier leur vitesse de marche. Mais attention, la variation de l’allure entraîne obligatoirement une variation du débit parolier. À ce stade, l’apprenant analyse la syllabe comme la base d’un rythme sans vraiment en comprendre la nature.

Étapes 5 à 8 (voyelle = noyau syllabique, stabilité des voyelles = pas d’intensité)

Le deuxième groupe d’activités est un travail sur la nature de la syllabe : la voyelle étant le noyau de chaque syllabe, varier le débit du rythme parolier c’est modifier la durée d’émission de chaque voyelle (=noyau) et non pas marquer des pauses entre chaque syllabe.

Cinquième étape

Nous demandons aux apprenants de procéder comme à la quatrième étape mais en précisant qu’il est impossible de faire une pause silencieuse après chaque syllabe. Nous discutons alors pour essayer de comprendre ce qui varie quand on change d’allure. Ils se rendent compte de la variation de longueur de la voyelle (noyau vocalique). Nous concluons donc, que c’est la voyelle qui « porte » le rythme et que la suite des voyelles se réalise de manière continue, sans variation d’intensité. Nous reprenons alors trois phrases et ils s »entraînent » pendant 2 minutes.

Sixième étape

Nous proposons un dialogue aux apprenants qu’ils doivent jouer en binômes (un pas, une syllabe). On peut envisager pour cette étape, surtout pour des débutants, de reprendre un dialogue travaillé au préalable, lors d’une leçon zéro. Nous avons ici envisagé deux possibilités :

  • les apprenants continuent à faire un pas par syllabe, et doivent adapter la distance entre eux.
  • les apprenants se tiennent debout l’un en face de l’autre et piétinent suivant le même principe «un pas, une syllabe».

Septième étape

Nous leur demandons ensuite de jouer le même dialogue assis en respectant le rythme même si cela ne « sonne » pas naturel.

Huitième étape

Enfin, nous leur proposons d’improviser des dialogues en respectant la consigne « un pas, une syllabe ». S’agissant d’apprenants débutants, il est préférable qu’ils utilisent des énoncés de présentation qu’ils ont étudiés pour éviter que des éléments de vocabulaire ou grammaticaux ne perturbent l’activité.

Prolongements

1) en marchant

A) Il est intéressant de noter que certains apprenants s’amusent à faire des pas «glissés», notamment lors de l’émission de la dernière syllabe, ce qui pourrait être une idée d’activité pour faire percevoir la longueur de l’accent de groupe rythmique. Ainsi, on pourrait imaginer une activité au cours de laquelle les pas seraient glissés pour marquer l’accent de groupe.

B) Lors de l’activité dialogue «en piétinant», les apprenants varient «naturellement» leur vitesse de piétinement en fonction des «sentiments» ou d’états (tels que la fatigue) qu’ils mettent dans leurs productions. Il pourrait être intéressant de prolonger cette activité, en demandant aux apprenants de jouer un dialogue sur le même principe, mais de varier les émotions et partant la vitesse de leurs pas. On pourrait imaginer un dialogue «neutre», dans lequel les apprenants pourraient varier les émotions.

2) En tapant sur la table

Une fois que la notion de syllabe est bien ancrée, les apprenants peuvent rejouer les dialogues en tapant sur la table, alternativement avec leurs deux mains, suivant le principe « un coup = une syllabe ».

Voir notre fiche pédagogique « Activité tap-tap« .

Lorsque le principe est intégré, il est très intéressant que les apprenants l’utilisent en production spontanée, ce qui permet de leur faire sentir les erreurs rythmiques qu’ils ne produiraient pas nécessairement en répétition. Une étape supplémentaire, permettant notamment de travailler sur la netteté du timbre vocalique et de faire la liaison avec le travail sur les phonèmes, est de proposer aux apprenants de supprimer toutes les consonnes d’un dialogue bien maîtrisé en tapant sur la table suivant le même principe.

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1 réponse

  1. Ana dit :

    Bonjour,
    Ravie de vous voir ce travail de pas à pas. Je suis intriguée par la progression dont vous parlez:
    « Nous envisageons les ateliers de correction phonétique réalisés en classe comme une suite de séances construite selon une progression. Cette progression est basée sur un travail prosodique dont la maîtrise de la syllabe est un préalable absolu. »

    Pouvons nous connaitre ce programme à l’avance? J’imagine que les articles suivront cette progression, mais ça serait utile pour patienter 😉

    Merci encore!

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